26 juin 2016

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich

Qui n'a jamais rêvé de partir faire le tour du monde, un an, deux ans voire plus ? Mais entre le rêve et la réalité, il y a un monde...Cet ouvrage suit une trentaine d'itinéraires : hommes et femmes qui ont su partir... et revenir. En famille, entre amis, en solo ou en couple, leurs motivations étaient variées : visiter les plus grandes stations de ski du monde, rencontrer les populations opprimées de Chine, oublier une longue maladie, faire découvrir le cinéma aux enfants africains, se retrouver en famille... Pendant leur voyage, tous ont entretenu un lien avec la réalité en partageant leur expérience sur Internet et en nourrissant régulièrement les pages de leur blog. Ils livrent ici leur expérience avant, pendant et après le périple. Cet ouvrage est une invitation au voyage, un guide qui répond également à toutes les questions que se posent les aspirants globe-trotters : quel budget est nécessaire ? Que faire en revenant ? Comment préparer le voyage ? Comment trouver des sponsors ?...
Le soleil montre (enfiiiiiiiiiiiiiin) doucement le bout de son nez et je termine tranquillement une petite semaine de vacances : tous les ingrédients sont réunis pour que la bougeotte me prenne et que les envies d'ailleurs m'envahissent. C'est le moment propice pour que je mette mon nez dans des ouvrages de voyage : récit, guide, atlas, bref, tout peut y passer ! Je n'ai pas résisté à l'appel de ce bel ouvrage qui vous donnera certainement des idées...

Tout plaquer et partir faire le tour du monde. Avouez-le, vous y avez déjà songé au moins une fois ! En attendant de se lancer vraiment, Ils ont fait le tour du monde est une exquise mise en bouche qui présente une grande diversité de situations : en solo, entre amis, en famille ou en couple ; à pied, en vélo, en solex, en camping car et même à ski (!), tous les cas de figure sont abordés.

En cinq ou six pages très illustrées, nous suivons le quotidien de ces aventuriers aux profils très variés : certains sont de véritables baroudeurs et ont réalisé plusieurs fois le tour du monde, d'autres sont novices et s'embarquent parfois dans une aventure qui les dépasse. Préparation du voyage, grand départ, trajet mais aussi retour à la vie "normale" (qui est finalement -et de loin- le moment le plus délicat), chaque voyage est raconté de façon assez succincte. Les sublimes photos et quelques anecdotes souvent drôles, parfois touchantes, suffisent à nous faire toucher du doigt le rêve de ces explorateurs de quelques semaines. En préface de chaque portrait, une sorte de petite fiche technique indique le chemin parcouru et quelques infos pratiques bienvenues comme le budget. En fin d'ouvrage, un supplément donne des pistes et des conseils pour préparer correctement son voyage : cela ne dispense certainement pas de l'achat d'un guide du pays envisagé mais permet déjà de se mettre dans le bain.


Ils ont fait le tour du monde peut se picorer ou se dévorer dans n'importe quel ordre, et c'est tout à fait le genre de livre que je sortirais régulièrement de ma bibliothèque pour me replonger dans certains portraits. C'est un cadeau idéal pour ceux qui sont déjà partis comme pour ceux que l'envie démange. Le plus beau dans l'histoire ? Ces blog-trotteurs ont bien entendu tenu un blog lors de leur aventure, et on peut prolonger sa lecture par des heures de découverte ! Pour conclure, je vous invite à jeter un œil au parcours d'un couple d'amis partis le 2 juin pour un tour d'Europe et d'Afrique, en attendant leur éventuelle publication dans un tome 2 ? ;)

Ils ont fait le tour du monde : 32 portraits de blog-trotters, Sandrine Mercier & Michel Fonovich
Éditeur : Éditions de La Martinière
Collection : Tourisme et voyages
Paru en octobre 2012
271 pages
29.90€
ISBN 978-2-7324-5092-6


http://www.cultura.com/ils-ont-fait-le-tour-du-monde-9782732450926.html

27 octobre 2015

U4 : Stéphane, Vincent Villeminot

Cela fait 10 jours que le virus U4 accomplit ses ravages. Plus de 90% de la population mondiale est décimée. les seuls survivants sont des adolescents. L’électricité et l’eau potable commencent à manquer, tous les réseaux de communication s’éteignent. Dans ce monde dévasté, Koridwen, Yannis, Jules et Stéphane se rendent, sans se connaître, à un même rendez-vous. Parviendront-ils à survivre, et pourront-ils changer le cours des choses ?

Stéphane est la fille d'un célèbre épidémiologiste lyonnais. Convaincue qu'il a survécu à l'épidémie, elle ne veut pas rejoindre le groupe d'adolescents qui s'organisent pour survivre. Si son père ne revient pas ou si les pillards qui contrôlent le quartier arrivent avant lui, son dernier espoir résidera dans un rendez-vous fixé à Paris.


Comme dirait notre ami Joey Starr, c'est d'la bombe bébé ! (on a les références qu'on peut, hein.) U4, c'est l'histoire d'un coup de cœur instantané, avant même sa parution. Ça a commencé lorsque la représentante Nathan m'a présenté le projet un jour de travail comme un autre, et j'ai eu le flash sur la maquette et l'idée même du projet : quatre auteurs français, quatre personnages de fiction, une même histoire... et donc quatre romans à la fois indépendants et complémentaires pour encore plus de plaisir !

Si vous avez suivi mes récentes aventures, le post-apocalyptique et moi, c'est quitte ou double (mouiii je parle de cette désastreuse lecture). Heureusement, U4 s'est révélé à la hauteur de toutes mes espérances. Sur les quatre romans publiés, j'ai choisi de commencer par Stéphane la lyonnaise (les autres sont Koridwen la bretonne, Jules le parisien et Yannis le marseillais) pour trois raisons :
- j'ai découvert Vincent Villeminot avec Instinct et j'avais bien accroché ;
- Stéphane est, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, une fille !
- j'ai vécu deux ans à Lyon et j'étais impatiente de me retrouver dans les rues que j'ai bien connues...

Et là, dès les premières pages, la magie fonctionne. Stéphane est une adolescente sans chichi, assez mature et dégourdie pour qu'on n'ait pas envie de lui mettre des claques toutes les deux pages. La mise en place est rapide, le décor sobre et réaliste. On est immédiatement plongé dans un univers très familier et pourtant complètement bouleversé par un cataclysme sans précédent. Le sentiment d'urgence est palpable ; le drame est encore frais mais l'on est déjà un être différent : un survivant. Les descriptions de la ville sinistrée sont frappantes, on imagine presque sentir la fumée des feux de voitures. Vincent Villeminot n'hésite pas à décrire de façon assez crue les cadavres qui jonchent les rues mais je n'ai pas eu un seul instant l'impression qu'il en rajoutait ou qu'il s'y attardait plus que de raison : tout est fait pour qu'on s'immerge complètement dans l'histoire et qu'on s'imagine aux côtés de Stéphane.

Quid de notre héroïne d'ailleurs ? Persuadée que son père est encore en vie quelque part, elle l'attend patiemment dans leur appartement. Mais à la disparition des adultes et de toute forme d'autorité, le chaos s'installe et sa sécurité n'est plus assurée: vols, pillages, destructions et violences se multiplient. Elle se voit contrainte de rejoindre le R-Point du Parc de la Tête d'Or, administré et géré par des adolescents. Et c'est là que je tire mon chapeau à l'auteur qui a su écrire plus qu'une simple histoire de rescapé. Certes, on s'attache à Stéphane et à son destin, mais la catastrophe permet à Vincent Villeminot d'aborder des thèmes plus profonds et extrêmement intéressants. Comment s'organiser lors d'un événement de cet ampleur ? Face à la disparition de l'autorité établie, qui doit prendre le relais ? L'urgence et la gravité de la situation autorisent-elles des mesures extraordinaires ? Qui endosse les responsabilités ? Toute la crédibilité du roman est issue de ces problématiques incontournables, et l'on se projette et s'interroge sans mal sur ce que nous ferions nous-même dans cette situation. 

Par ailleurs, on attend avec impatience la rencontre avec les trois autres personnages de la série et cela rajoute une dose de suspense très appréciable. Lorsque les quatre adolescents finissent par être réunis, je me projetais déjà dans les autres romans, imaginant la même scène vue par les yeux de chacun. Tout le génie de la chose est que la fin de n'importe quel des quatre romans ne gâche pas celle des autres. C'est même l'effet inverse puisqu'en refermant Stéphane, je n'avait qu'une envie : lire les autres. Vous l'aurez compris, U4, c'est mon coup de cœur de cette fin d'année, et je ne cesse d'essayer de convertir tout le monde autour de moi, collègues, amis, clients, famille (Môman, 55 ans, a adoré Stéphane, et Manon, 23 ans, a craqué pour Koridwen). Je vous livre prochainement mon avis sur Jules !

U4 : Stéphane,Vincent Villeminot
Éditeur : Syros / Nathan
Paru en août 2015
431 pages
16.90 €
ISBN 9782092556160

18 octobre 2015

Bluebird, Tristan Koëgel

Minnie est la fille d'un musicien qui chante le blues sur les routes du Mississippi. Elwyn est le fils d'un Irlandais, le contremaître d'une immense plantation. Quand ces deux-là se rencontrent, ils tombent amoureux. Mais dans l'Amérique des années 1940, en pleine ségrégation, qui oserait croire que leur histoire est possible ?

Minnie vit depuis son enfance sur les routes avec son père. Songmen, il a tourné le dos au travail harassant dans les plantations pour devenir musicien itinérant. Tout plutôt que ramasser la fleur de coton ! Aujourd'hui, Minnie a 13 ans, et joue de l'harmonica pour accompagner son papa. Mais lorsqu'ils entrent dans cette plantation, le jour funeste où Minnie s'est tordu la cheville, ils ne se doutent pas qu'ils entrent chez le diable lui-même... Après un terrible coup du sort, Minnie est contrainte de s'enfuir à Chicago, où elle espère bien réaliser son rêve : enregistrer un disque !

Vous l'aurez compris, Bluebird est un roman musical. Je vous conseille d'ailleurs de le lire à proximité d'un ordinateur, d'une tablette ou d'un téléphone afin que vous puissiez profiter pleinement de tous les morceaux auxquels l'auteur fait référence tout au long du récit. Moi qui ai littéralement baigné dans le blues depuis ma naissance, c'est un plaisir sans nom de redécouvrir tous ces titres, parfois dans des versions que je ne connaissais pas. Mais parlons un peu de l'histoire maintenant !

Si la quatrième de couverture laisse présager une histoire d'amour, Bluebird est loin de se réduire à une simple romance entre adolescents. Prenant corps dans les années 1940 dans un état ségrégationniste, le récit alterne les points de vue de trois personnages principaux : Minnie, évidemment, Alwyn, fils d'immigrés irlandais et Nashoba, un indien américain déraciné. Et ce qui m'a beaucoup plus dans ce roman, outre sa bande son du tonnerre, c'est que tout y est affaire de masques. Dans un contexte où le moindre geste ou la moindre parole peut vous faire tuer, chacun doit travestir ce qu'il est en réalité et avance à visage caché. Au fur et à mesure du récit, on découvre alors que rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît, ou, n'y voyez pas là un mauvais jeu de mots, rien n'est aussi noir ou aussi blanc que l'on croît.

Chaque personnage possède une histoire complexe qui montre à quel point les préjugés, la peur et l'agressivité ont gouverné pendant des années. Mais ne vous y trompez pas : Bluebird est un récit dans la plus pure tradition romanesque. L'héroïne, que l'on croit parfois brisée ou vaincue, se relève toujours de ses cendres et fini par remporter la victoire. Ce sera d'ailleurs mon petit bémol pour cette histoire aux coïncidences parfois un peu trop heureuses à mon goût. Le réalisme s'arrête où commence le happy end... Malgré tout, j'ai beaucoup aimé ce roman choral aux thèmes variés qui ne manquera pas de vous donner envie d'en savoir plus sur le blues, le panorama musical de ces années là, le travail dans les plantation, l'immigration irlandaise ou encore le Ku Klux Klan... Ou peut-être tout cela à la fois !
Quand tu joues le blues, Minnie, c'est comme si tu riais et pleurais en même temps. Le blues, c'est comme un tout petit nuage dans un ciel d'après-midi. Un petit nuage, tout fin, tout blanc, mais qui te serre le ventre, sans que tu saches trop pourquoi. Tu comprends ? Mais le blues, c'est aussi comme une éclaircie qui traverse un orage ou comme une cerise juteuse sur un gâteau trop sec. Ça... ça oeut te faire rire aux éclats quand tu devrais tomber, les genoux dans la boue. Tu vois ?

Et c'est l'occasion pour moi de vous partager deux de mes morceaux de blues préférés... N'hésitez pas à me donner les vôtres !

Howlin' Wolf - Smokestack Lightning
John Lee Hooker & Bonnie Raitt - I'm in the mood

Bluebird, Tristan Koëgel
Éditeur : Didier Jeunesse
Paru en septembre 2015
315 pages
14.20 €
ISBN 9782278081608

15 octobre 2015

Mentine (1) : Privée de réseau ! Jo Witek

"-9,5 ! a hurlé papa avec une tête de serial killer. Ma fille a sauté deux classes, a le QI d'Einstein et elle n'obtient pas la moyenne à son passage en troisième ! Dans ses conditions, ce sera donnant donnant. Une année scolaire pourrie égale un été pourri." C'est comme ça que j'ai été privée de mon stage de surf et de mes copines. La sentence est tombée : mon père me condamnait à deux mois d'exil dans le Larzac. J'aillais me retrouver sous la flotte à bouffer du fromage de chèvre dans un horrible sweet en polaire.

Une fois n'est pas coutume, je me suis dirigée vers une lecture ado clairement annoncée comme légère. Je ne suis pas spécialement friande de ce genre ; je préfère nettement les histoires vraies, les drames, ou même les lectures de l'imaginaire. Disons que je me suis laissée tenter par la couverture vitaminée réalisée par Margaux Motin, pour qui j'ai toujours eu un faible.

Et c'est une agréable surprise qui m'attendait au détour de ce petit roman ! J'imaginais quelque chose d'assez superficiel mais on découvre petit à petit des messages forts et positifs. Bien sûr, le ton est badin et l'humour omniprésent, mais la plume de Jo Witek est agréable et l'on se glisse rapidement dans l'histoire. Mentine, son héroïne, est une jeune fille surdouée de treize ans, têtue et fière comme un pou. Pour ne pas passer pour l'intello de service et ne pas se retrouver constamment dans les poubelles (traitement de faveur que l'on réserve généralement aux premiers de la classe et que j'ai eu moi-même la chance incroyable d'expérimenter plusieurs fois), elle décide de prendre exemple sur ses camarades les plus "cools" - et foire lamentablement son année scolaire. Niveau coolitude, Mentine obtient un 20/20, mais ses parents ne sont pas du même avis. Résultat : Mentine est expédiée manu militari au fin fond du Larzac, chez un vieil ami de sa grand-mère qui possède un élevage de brebis. Pas d'ordinateur, pas de plage de sable blanc, et pas de réseau... l'été s'annonce difficile pour l'adolescente qui commence par rejeter en bloc tout ce qui se présente à elle.

Et puis, petit à petit, la peste pourrie gâtée cède place à une jeune fille toujours aussi déterminée mais bien plus curieuse et entreprenante. On se prend au jeu avec Mentine : le vieux ne la pense pas capable de garder le troupeau, de se lever tôt ou de participer à la vie de l'élevage ? Qu'à cela ne tienne, Mentine va lui prouver qu'elle est plus bornée qu'un bouc ! Je me suis prise d'affection pour l'adolescente sensible que l'on découvre au fil des pages, moi qui rêvais de la baffer les premières pages.

En bref, Mentine est un petit roman fort sympathique qui cache plus qu'il ne laisse paraître au premier abord. Ouverture d'esprit, curiosité intellectuelle, abandon de l'orgueil et des préjugés (big up, Jane Austen) : autant de valeurs importantes mises en lumière par le récit d'une adolescente peut-être surdouée mais qui reste avant tout une enfant en train de grandir et de se construire.

Mentine (1) : Privée de réseau !, Jo Witek
Éditeur : Flammarion
Paru en février 2015
233 pages
12 €
ISBN 9782081334069

09 octobre 2015

Chronique du Tueur de Roi, première journée : Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss


Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps. Son enfance dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d'audace, dans une prestigieuse école de magie où l'attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets... Découvrez l'extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d'exception... infâme assassin. Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Décidément, l'heure est à la fantasy de qualité. Après le premiers tome des Salauds Gentilshommes de Scott Lynch découvert (et adoré !) il y a quelques semaines, je me remets une louche d'excellence et de plaisir grâce à Patrick Rothfuss.

J'ai su dès le prologue que j'avais dégoté une pépite. Il serait un peu trop long de vous retranscrire ici l'intégralité des deux pages introductives, mais laissez-moi vous dire que c'est une entrée en matière comme je les aime : originale, mystérieuse, et très, très bien écrite. On y découvre l'auberge presque déserte d'une bourgade tranquille, et surtout l'homme qui y habite, l'homme qui sera le centre de toutes les attentions dans quelques instants. Sous ses airs d'aubergiste paisible, Kote (ou Kvothe) cache en effet un destin extraordinaire et une vie hors du commun.

Je suis tiraillée par l'envie de vous en dire plus sur ce personnage incroyable mais ce serait à mon sens gâcher le plaisir de la découverte ; je préciserai juste qu'il est né parmi les Edema Ruh, un peuple d'acteurs, chanteurs, troubadours et artistes itinérants fortement apprécié et estimé des habitants des Provinces Unis. Un terrible événement le pousse à partir en quête des Chandrians, une troupe de démons mythiques dont on dit qu'ils ne sont qu'une légende. Et pour en retrouver la trace, quoi de mieux que d'aller à l'Université, où des magies anciennes et puissantes sont enseignées ?

Voilà en quelques mots la teneur de ce que vous trouverez en attaquant Le nom du Vent : les ingrédients somme toute classiques de la fantasy. Mais Patrick Rothfuss les cuisine et les assaisonne de façon divine, et le délice perdure jusqu'à la dernière page. J'ai adoré la manière dont la musique habite le récit de bout en bout et le rend particulièrement sensible et vivant. La plume de l'auteur est sublime et nous emporte dès les premiers instants dans un monde incroyablement riche et détaillé. Il n'est pas question de combats épiques ou de magie flamboyante : Le Nom du Vent se rapproche plus de la fantasy de Robin Hobb, où tout est dosé avec finesse et où l'aspect psychologique prend le pas sur les faits d'arme et l'action. Personnellement, c'est la fantasy que j'aime le plus, de celle qui instaure un sentiment de proximité et de familiarité avec les personnages tout en restant profondément romanesque (à entendre : "chez qui prédomine le sentiment, l'imagination, la rêverie").

La construction et le rythme du récit, très soignés, alternent les souvenirs de Kvothe racontés par lui-même et la vie actuelle de l'auberge : clients qui entrent ou qui sortent, comptoir à nettoyer, repas à préparer, toutes les tâches sans importance qui interrompent le récit pour un temps, miroir du lecteur qui doit également vaquer à ses occupations. L'auteur réussit si bien à nous plonger aux côtés du jeune homme que l'on revient au présent comme on se réveille d'un rêve, légèrement engourdi et désorienté. Kvothe doit servir une part de tarte, ne devons-nous pas aller fermer les volets ? On sort du roman de la même façon qu'on y entrés, par un effet de répétition totalement génial : le prologue marquait l'entrée dans une histoire merveilleuse où le lecteur s'abandonne, les deux dernières pages marquent le chemin inverse. Il est temps de retrouver doucement la vraie vie... jusqu'au prochain tome .

Chronique du Tueur de Roi, première journée : Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss
Éditeur : Bragelonne
Paru en novembre 2009
781 pages
25 €
ISBN 9782352943556

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